Quand on vit sur la terre, il est difficile de ne pas être au courant du mouvement des gilets jaunes ! Spontanée et portée en grande partie par les classes défavorisées de la société française, cette crise est déclenchée en octobre 2018 et perdure malgré les mesures d’apaisement annoncées par le gouvernement. Mais, qui sont les gilets jaunes ? Que veulent-ils et comment s’organisent-ils ? Les violences sont-elles vraiment imputables aux manifestants ? Voilà quelques interrogations auxquelles cet article essaye d’apporter des réponses.

L’origine précise du mouvement

Les premiers frémissements dans l’opinion publique sont apparus dès le mois de mai 2018 lorsque le gouvernement a annoncé l’augmentation des prix du carburant. Mais, tout a soudainement pris vie en octobre. C’est ainsi le rejet de la hausse de la Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Energétiques (TICPE) qui est l’élément déclencheur du mouvement des gilets jaunes.

Des revendications diverses

Si comme évoqué le relèvement de la TICPE est à la base de la crise, d’autres revendications ont très vite été ajoutées. Elles touchent au social et à la fiscalité française.

On recense ainsi pêle-mêle :

  • l’exigence d’une augmentation du pouvoir d’achat des ménages ; cette demande est portée par les couches populaires, aux revenus faibles, voire très faibles ;
  • la demande de la conservation des services publics, de même que leur renforcement ;
  • l’appel à davantage taxer les hauts revenus, à travers notamment le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF) ;
  • la demande de la taxation du kérosène de même que celle des fiouls maritimes. Le kérosène est du pétrole raffiné utilisé comme carburant dans l’aviation. Quant aux fiouls maritimes, ils concernent évidemment le transport maritime au moyen de navires ;
  • l’appel à davantage de démocratie représentative. Ici, la mise sur pied d’un référendum d’initiative citoyenne est la mesure la plus soutenue ;
  • l’appel, plus timide, mais formulé quand même, au départ du jeune président Emmanuel Macron.

Un mouvement sans leader, mais qui s’organise quand même

Même sans un ou des leaders incontestés, les manifestations des gilets jaunes réussissent à plus ou moins s’organiser. À travers notamment des appels lancés sur les réseaux sociaux. Les actions les plus marquantes sont :

  • des descentes, chaque samedi, depuis le 17 novembre 2018, dans les rues. Ces manifestations se tiennent avec plus ou moins de monde sur toute l’étendue du territoire français. Surtout dans les grandes villes telles que : Paris, la capitale, Bordeaux, Marseille et Lyon.

Mais les petites villes ne sont pas en reste. En effet, face à l’enlisement et aux violences, les gens ont préféré de plus en plus intégrer des manifestations de petite taille, moins exposées ;

  • des barricades dressées au niveau des ronds-points et des routes.

Partie des zones rurales, le mouvement fortement soutenu par l’opinion, d’après les sondages, a donc très vite gagné les grandes agglomérations. Sans pour autant abandonner les régions périurbaines.

Un mouvement violent et désordonné

D’après le journal de gauche, Libération, repris par Francetvinfo sur son site internet le 3 décembre 2018,  parmi les  gilets jaunes, des milliers sont  des manifestants violents. Le journal cite un commentaire d’Alexandra Onfray, la première adjointe au procureur du parquet de Paris : « Certains étaient venus pour en découdre, d’autres pour casser, d’autres enfin pour piller ».

Le mouvement a donc pris une tournure violente et anarchique, sans qu’on sache très bien à qui imputer les « casses », et autres jets de  « billes en acier, de marteaux, de pierres ou de boulons ».

Ces actes d’une extrême gravité sont-ils réellement l’œuvre  de gilets jaunes en colère ? Ou plutôt à de groupuscules infiltrés apparentés à la droite nationaliste ? Ou encore de sympathisants communistes ? Ou tout simplement enfin d’opportunistes qui se servent du mouvement pour s’adonner à des actes de délinquance ? C’est très difficile de répondre. C’est le fait même que le mouvement attire du monde venu de tous les horizons, ce qui entretient la confusion et sème le doute.

Des dérapages qui posent question

Vu le profil des centaines de personnes arrêtées par la police républicaine en marge des manifestations, il a au moins une certitude. Certains casseurs font bien partie du mouvement des gilets jaunes. Le Parisien rapporte ainsi les propos de Michel Delpuech, le préfet de police de la capitale : « un très grand nombre de manifestants portant un gilet jaune, par désinhibition ou effet d’entrainement, se sont livrés eux aussi à des violences injustifiables. ». Et ce, alors qu’à la base, le mouvement se veut pacifique. Beaucoup de gilets jaunes se désolidarisent d’ailleurs de leurs compères qui s’adonnent à des actes violents. Au lieu de simplement brandir des pancartes et de manifester.

La raison d’un tel désordre ? Un gouvernement qui fait la sourd oreille

Il est vrai que le gouvernement français a d’abord fait la sourde oreille face au mouvement. Il en a volontairement ou pas, minimisé l’ampleur. Et ce n’est que le 10 décembre 2018 qu’acculé, le chef de l’État a finalement réagi. Il a alors fait une allocution solennelle pour annoncer des mesures se voulant consensuelles.

Le procureur de Paris interrogé par Le Parisien va dans le sens du ras-le-bol des Français manifestant vis-à-vis du silence du gouvernement. Ceci, pour expliquer en partie le désordre et les violences. « Lors de leur audition, beaucoup estiment avoir fait “acte de résistance” contre un gouvernement qui ne les entend pas », précise Monsieur Rémy Heitz. Il poursuit : « Dans leurs sacs, les policiers ont souvent retrouvé des masques de protection, des gants et même des pots de peinture ».

Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement ne dit pas le contraire, sur les ondes de France Inter le lundi 3 décembre. Pour lui, des membres du mouvement pas forcément violents au début, se sont retrouvés « embarquer dans cette violence, peut-être parce qu’ils s’imaginent que c’est le seul moyen d’être entendus ».

L’extrême droite n’est pas bien loin

L’anarchie observée dans les cortèges de gilets jaunes n’est pas seulement leur. En effet, des éléments identifiés comme faisant pas partie de l’extrême droite se sont très vite greffés aux cortèges. Et ceux-là n’ont clairement qu’un objectif : casser ! C’est-à-dire provoquer et attaquer les CRS. Les groupuscules les plus en vue dans les défilés sont : Action Française, Bastion social, et le Groupe Union défense.

Un appel du pied à des anarchistes

Comme bien souvent, quand l‘extrême droit pointe son bout du nez, la gauche radicale n’est pas bien loin. Ses membres n’essayent même pas de se fondre parmi les gilets jaunes. Portant fièrement des « blousons noirs-cagoules-lunettes », ils sont là pour lancer des slogans contre le pouvoir du capital sur le travail, appeler à l’instauration d’une anarchie, ou encore insulter et en découdre avec la police. « All Cops Are Bastards » (traduisez « Tous les flics sont des bâtards »), leur principal cri de ralliement annonce la couleur.

Des délinquants sans scrupules sortent aussi

Le mouvement des gilets jaunes attire, en plus des extrêmes politiques, aussi des délinquants. Ces derniers entendent en profiter pour piller les magasins, mettre le feu à des bernes d’ordures ou à des voitures. Rémy Heitz, le procureur de Paris évoque : « des profils plus jeunes, plus motivés par une délinquance d’appropriation ».

Un mouvement sans têtes pensantes

Le mouvement des gilets jaunes se caractérise par son caractère soudain, spontané. Personne ne l’a pour ainsi dire, planifié ni d’ailleurs vu venir. Les manifestations traduisent le profond  malaise d’une grande frange de la population française. Et si le phénomène a semblé s’essouffler à l’approche des fêtes, c’est pour reprendre de plus belle, à l’orée de la nouvelle année. Les annonces de l’exécutif personnellement faites par Emmanuel Macron n’y font rien ! Les  gens sont toujours déterminés à descendre dans les rues.

« Nous irons jusqu’au bout », c’est ce qu’on entend régulièrement sortir des micros tendus aux manifestants. Mais quel bout ? Comment faire entendre toutes ces voix divergentes, sans des leaders pour les porter ? Comment discuter avec les autorités sans une liste de revendications fixes ? La crise des gilets jaunes qui tient la France et le monde en haleine n’a pas fini d’étonner. Et surtout de soulever plus de questions qu’elle n’engendre de réponses. De par même ce caractère soudain et totalement étranger aux forces organisées en place. Par exemple les partis politiques. Ni le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ni la chef du Rassemblement National, Marine Le Pen ne peuvent ainsi revendiquer le leadership du mouvement.

Une contestation des médias

Le mouvement des gilets jaunes a aussi soulevé un problème bien longtemps ignoré : le peuple ne se reconnait plus dans les médias. Ainsi, de nombreux cas de journalistes et/ou de cameramen pris à partie par les manifestants ont été relayés par ces mêmes médias honnis. Nombreux sont ceux qui leur reprochent d’être à la solde des puissants, d’ignorer les douleurs de la masse, de diffuser sciemment de fausses nouvelles, de ne pas traiter les sujets en profondeur.

Ainsi, pour ces médias « vendus », ils prônent un total rejet. Mais comment faire passer leurs messages sans ces médias qu’ils agressent ? Impossible de s’en passer. Une relation étrange de « je t’aime, moi non plus » s’est donc installée entre la presse et les gilets jaunes. Sans représentants légitimes pour porter leurs revendications, les gilets jaunes sont en grande partie responsables de la cacophonie qui règne, du traitement pas toujours professionnel de leurs réalités en général et du mouvement en particulier, qu’ils reprochent aux médias.

En bref

La crise des gilets jaunes est loin d’être terminée, malgré les mesures que le gouvernement entend mettre en place. Et malgré le fait que le mouvement soit devenu assez vite incontrôlable, du fait de la diversité des manifestants et des demandes formulées. Ou bien, peut-être parce ce que ce mouvement n’appartient à personne depuis le départ, qu’il est si insaisissable. Et difficile à éteindre.

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